Gen Z et travail : ce qui a vraiment changé (et ce que disent les chiffres)
Goût du travail, mobilité, salaire, IA et marché de l’emploi : les chiffres Ipsos, Insee et Apec face aux clichés.

Avouez : vous avez déjà entendu, ou lâché, que cette génération ne veut plus bosser. Le couple Gen Z et travail passe pour mal assorti. Il l’est moins qu’on le dit : 84 % des 18-28 ans déclarent avoir le goût du travail, d’après l’enquête Ipsos pour CESI publiée en juin 2024. Dans le même temps, un jeune actif sur cinq est au chômage. Les deux sont vrais…
À retenir
- 84 % des 18-28 ans ont le goût du travail, 91 % font d’un emploi qu’ils apprécient une condition du bonheur (Ipsos/CESI, 2024).
- Les dirigeants les jugent moins investis (57 %) et moins fidèles (72 %), mais 7 sur 10 disent avoir du mal à cerner leurs aspirations.
- La rémunération est le premier motif de démission envisagé (75 %), devant l’ambiance et l’équilibre.
- Au deuxième trimestre 2026, 21,6 % des 15-24 ans actifs sont au chômage, +2,5 points en un an (Insee).
- 92 % des étudiants candidatent avec l’IA, 67 % ne sont pas à l’aise avec un recrutement automatisé (EDHEC, 2025).
C’est quoi, la Gen Z, et quel est son rapport au travail ?
La génération Z regroupe les personnes nées entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010. Les bornes varient : 1997-2012 pour le Pew Research Center américain, 1995-2010 dans plusieurs enquêtes françaises. Son rapport au travail est plus classique que sa réputation : 84 % des 18-28 ans disent avoir le goût du travail et 91 % font d’un emploi qu’ils apprécient une condition pour être heureux, selon l’Observatoire sociétal des entreprises, une enquête d’Ipsos pour l’école d’ingénieurs CESI menée auprès de 1 000 jeunes en avril et mai 2024.
Ils le citent même en premier pour réussir une vie professionnelle (58 %), devant le réseau et les diplômes. L’entreprise ne leur fait pas peur non plus : 80 % aimeraient travailler dans une structure de taille moyenne, 76 % dans une petite.
Leurs critères pour rejoindre une entreprise se tiennent dans un mouchoir de poche :
- Équilibre vie privée / vie professionnelle
- 80 %
- Ambiance de travail
- 80 %
- Intérêt du poste
- 79 %
- Localisation
- 78 %
- Rémunération
- 77 %
- Perspectives d’évolution
- 76 %
- Autonomie
- 72 %
- Flexibilité des horaires
- 70 %
Source : Ipsos pour CESI, Observatoire sociétal des entreprises, 1 000 jeunes de 18 à 28 ans interrogés en avril-mai 2024.
Quatre points séparent le premier critère du sixième. L’autonomie (72 %) et la flexibilité des horaires (70 %) suivent de près.
À retenir
Le goût du travail est là (84 %), l’entreprise aussi (80 % visent une structure de taille moyenne), et les six premiers critères de choix se tiennent en quatre points.
Fainéants, infidèles, irrespectueux : que pensent vraiment les dirigeants ?
Les chefs d’entreprise interrogés dans la même enquête Ipsos/CESI de 2024 voient, à 86 %, une Gen Z différente de la génération précédente. Ils la jugent moins investie (57 %), moins fidèle (72 %) et moins respectueuse de la hiérarchie (53 %) que ses aînés. Sept sur dix admettent pourtant avoir du mal à identifier les aspirations professionnelles des moins de 30 ans.
Les deux camps ne se contredisent pas partout.
| Sujet | Ce que pensent les dirigeants | Ce que déclarent les 18-28 ans |
|---|---|---|
| Investissement | 57 % les jugent moins investis que leurs aînés | 84 % ont le goût du travail, 73 % acceptent des tâches hors fiche de poste |
| Fidélité | 72 % les jugent moins fidèles à l’entreprise | 79 % estiment qu’il faut changer régulièrement d’entreprise pour mieux gagner |
| Heures supplémentaires non payées | 77 % les pensent moins prêts à en faire | 44 % s’y disent prêts, 51 % pour un pic d’activité sans contrepartie |
| Hiérarchie | 53 % les jugent moins respectueux de l’autorité | 60 % acceptent des responsabilités hors de leur poste |
Sur la fidélité, tout le monde est d’accord : les jeunes disent eux-mêmes qu’ils bougeront. Sur l’investissement, les perceptions divergent et l’enquête ne tranche pas, puisqu’elle mesure des déclarations, pas des heures pointées.
Et pour les recruteurs, la difficulté a un prix : 58 % des chefs d’entreprise disent peiner à proposer une rémunération jugée attractive par les jeunes, et la proportion grimpe à 80 % dans l’industrie. Côté jeunes, seuls 49 % trouvent que les offres d’emploi correspondent à leurs attentes salariales, et 56 % que les entreprises leur donnent envie de les rejoindre.
À retenir
Le désaccord porte sur l’investissement, pas sur la mobilité, que les jeunes revendiquent. Et 58 % des dirigeants reconnaissent un problème de salaire.
Salaire ou sens : qu’est-ce qui a changé dans les attentes ?
La rémunération est le premier motif de démission que les 18-28 ans envisagent : 75 % quitteraient un poste pour cette raison, devant le manque d’ambiance ou de bien-être (63 %) et le manque d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (60 %), toujours selon Ipsos/CESI en 2024. Cinquième critère à l’embauche, l’argent devient le premier motif de départ.
L’étude réalisée à l’automne 2025 par le NewGen Talent Centre de l’EDHEC et le Gen Z Lab de JobTeaser, auprès de 2 578 étudiants et jeunes diplômés de 18 à 30 ans interrogés entre août et octobre, confirme le mouvement. Une bonne rémunération y est l’attente numéro un pour un premier poste chez les profils universitaires et en école de management ; chez les ingénieurs, c’est la montée en compétences. Le travail « qui a du sens » ferme le top 5 des trois profils, entre 50 et 54 %. La même étude mesure une durée idéale de premier poste de 17 mois, trois de moins qu’en 2024, et 41 % d’étudiants qui ne cherchent pas de CDI.
Le sens ne s’est pas évaporé pour autant. Chez Ipsos/CESI, 74 % des 18-28 ans veulent des valeurs d’entreprise alignées avec les leurs, 70 % un travail utile à la société, 64 % une attention à l’impact environnemental ; près de deux sur cinq refuseraient une entreprise qui ne s’engage pas. Quatre sur dix quitteraient un emploi qui ne les épanouit pas.
Quitteraient un poste pour…
- La rémunération
- 75 %
- Le manque d’ambiance ou de bien-être
- 63 %
- Le manque d’équilibre vie professionnelle / vie privée
- 60 %
Attendent d’une entreprise…
- Des valeurs alignées avec les leurs
- 74 %
- Un travail utile à la société
- 70 %
- Une attention à l’impact environnemental
- 64 %
Source : Ipsos pour CESI, Observatoire sociétal des entreprises, avril-mai 2024.
Sept jeunes sur dix déclarent par ailleurs des troubles d’anxiété, dont 15 % une anxiété sévère, et près de trois sur quatre ont eu du mal à se détendre dans les deux semaines précédant l’enquête (Ipsos/CESI, 2024).
À retenir
L’argent monte (premier motif de démission, première attente pour un premier poste), le sens tient (74 % veulent des valeurs alignées), la mobilité s’accélère (17 mois pour un premier poste).
Un marché qui se referme : la Gen Z face à l’emploi en 2026
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, en hausse de 0,4 point sur le trimestre et de 2,5 points sur un an, selon l’Insee, l’institut national de la statistique, dans sa publication du 7 août 2026. Chez les 25-49 ans, la hausse annuelle est de 0,5 point. Le récit d’une génération qui dicte ses conditions se heurte à une porte d’entrée qui se referme.
| Indicateur | 15-24 ans | Repère |
|---|---|---|
| Taux de chômage | 21,6 % | 7,5 % chez les 25-49 ans |
| Variation sur un an | +2,5 points | +0,5 point chez les 25-49 ans |
| Taux d’emploi | 33,8 % | -1,0 point sur un an |
| Jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi ni en formation (NEET) | 13,3 % | +0,9 point par rapport à fin 2019 |
| Taux d’emploi en alternance (15-64 ans) | 2,3 % | -0,2 point sur un an |
Les diplômés ne sont pas épargnés. L’Apec, l’association paritaire pour l’emploi des cadres, a interrogé en juin 2025 les Bac+5 diplômés en 2024 : 84 % jugent leur recherche d’emploi difficile, contre 61 % pour la promotion 2022, insérée avant le retournement du marché. Ils tiennent au CDI (78 %) et au statut de cadre (72 %), mais 70 % et 51 % sont prêts à y renoncer pour décrocher un premier poste, et 59 % accepteraient une concession sur le salaire. Près d’un quart qualifient leur emploi d’alimentaire (24 %, +7 points). Et 67 % pensent qu’ils auraient du mal à retrouver un poste équivalent.
Jugent leur recherche d’emploi difficile
- Promotion 2022
- 61 %
- Promotion 2024
- 84 %
Promotion 2024 : prêts à une concession pour un premier poste
- Sur le CDI
- 70 %
- Sur le salaire
- 59 %
- Sur le statut de cadre
- 51 %
Source : Apec, enquêtes d’insertion des Bac+5, promotions 2022 et 2024 (dernière vague : juin 2025).
Les 79 % qui, au printemps 2024, trouvaient normal de changer régulièrement d’entreprise n’ont pas été réinterrogés depuis. Deux populations, deux dates. L’envie de bouger a été mesurée sur un marché qui embauchait ; les concessions, sur un marché qui n’embauche plus.
À retenir
21,6 % de chômage chez les 15-24 ans, 84 % de Bac+5 en recherche difficile, 70 % prêts à lâcher le CDI pour un premier poste.
Moins d’autonomie, plus de pénibilité : le quotidien réel des moins de 30 ans
Les salariés de moins de 30 ans sont plus exposés que les 30-49 ans à l’insécurité professionnelle, aux contraintes physiques et au manque d’autonomie. C’est le constat de la Dares, le service statistique du ministère du Travail, dans une analyse publiée le 13 novembre 2025 à partir de l’enquête Conditions de travail 2019. À l’inverse, les jeunes déclarent de meilleures relations sociales au travail, une meilleure reconnaissance et moins de conflits de valeurs.
Une partie de l’écart tient à l’ancienneté et aux métiers occupés : 83 % des jeunes salariés travaillent dans le privé, contre 76 % des 30-49 ans. Mais la Dares précise que les écarts persistent en partie à caractéristiques équivalentes : à profil égal, les jeunes risquent davantage d’être affectés aux postes physiquement exigeants et aux marges de manœuvre réduites. L’exposition varie fortement selon le diplôme, le genre et la catégorie professionnelle.
Les données ont sept ans, la publication moins d’un. La génération qu’on dit allergique à l’entreprise est celle qui déclare les meilleures relations de travail, et celle qu’on dit obsédée par l’autonomie est celle qui en a le moins.
À retenir
Plus de pénibilité et moins d’autonomie, mais de meilleures relations et plus de reconnaissance, c’est le tableau Dares des moins de 30 ans (données 2019, publiées fin 2025).
L’IA, nouveau réflexe de la Gen Z au travail ?
92 % des étudiants utilisent une IA générative pour améliorer leur dossier de candidature, d’après l’étude du NewGen Talent Centre de l’EDHEC réalisée à l’automne 2025. 83 % s’en servent pour leur CV, 82 % pour se renseigner sur l’entreprise.
Le rapport à la machine s’arrête à la porte de l’entretien : 67 % des candidats en début de carrière ne sont pas à l’aise avec un recrutement automatisé par l’IA, tri de CV ou entretien sans humain compris. Sur leur futur métier, 75 % pensent que l’IA changera en profondeur la façon de l’exercer (69 % un an plus tôt) et 32 % qu’il pourrait devenir obsolète (27 % en 2024).
Utilisent une IA générative pour…
- Améliorer leur dossier de candidature
- 92 %
- Rédiger leur CV
- 83 %
- Se renseigner sur l’entreprise
- 82 %
Face à l’IA dans le recrutement et le métier
- Pensent que l’IA changera leur métier en profondeur
- 75 %
- Mal à l’aise avec un recrutement automatisé
- 67 %
- Pensent que leur métier pourrait devenir obsolète
- 32 %
Source : EDHEC NewGen Talent Centre et JobTeaser Gen Z Lab, 2 578 répondants, août-octobre 2025.
À retenir
L’IA sert à candidater (92 %), pas à être recruté (67 % mal à l’aise), et un tiers craint pour l’avenir de son métier.
Trois questions que tout le monde se pose
Quelle est la mentalité de la génération Z au travail ?
Un goût du travail déclaré (84 %) couplé à un refus du sacrifice : 44 % seulement acceptent des heures supplémentaires non payées. Elle place l’équilibre, l’ambiance et l’intérêt du poste avant le salaire à l’embauche, et le salaire avant tout au moment de partir (Ipsos/CESI, 2024).
Quelle est la particularité de la génération Z ?
Elle entre sur le marché du travail avec l’IA dans la poche : 92 % des étudiants candidatent avec (EDHEC, 2025). Elle y entre aussi au moment où 21,6 % des actifs de son âge sont au chômage, en hausse de 2,5 points en un an (Insee, deuxième trimestre 2026).
La Gen Z est-elle vraiment moins fidèle à l’entreprise ?
Elle le revendique : 79 % des 18-28 ans estiment qu’il faut changer régulièrement d’entreprise pour mieux gagner, 78 % pour un poste intéressant. Face à un problème, 55 % préfèrent pourtant en parler d’abord à leur employeur, dans les jours ou les semaines qui suivent. Le dialogue passe avant la démission, à condition d’être rapide.


